La danse, sujet central

Les origines 

Ma première tentative de représentation d’une danseuse date de 1983. J’avais alors 15 ans. Je sentais tout l’intérêt sculptural de faire tenir sur une très petite surface, la pointe du pied, un corps tout entier dans une position que seul le mouvement et la tension musculaire pouvaient permettre. Cette première tentative de représentation de la danseuse obéissait aux mêmes principes que certaines sculptures d’Alfred Boucher.
Je n’ai pas gardé ce petit plâtre. Très fragile, il se cassait aux articulations alors que je le sculptais.
A partir de 1987, j’ai entrepris plusieurs représentations de danseuses, la première, en laiton repoussé était une recherche de grande finesse et de légèreté. Cette technique de la dinanderie, que j’avais un peu abordée en cours de sculpture étant plus jeune, était très adaptée à cette exigence. En effet, les éléments constitutifs du corps sont façonnés séparément et peuvent donc ainsi être positionnés de manière précise et fixés moyennant une brasure à l’argent. Le laiton repoussé acquiert par le martelage une rigidité nécessaire à une bonne tenue de la sculpture.  C’était aussi pour moi une manière de contourner le problème de la fragilité de l’œuvre à laquelle je m’étais confronté lors de ma première tentative en plâtre.

Les premières danseuses en bronze 

Dans le même esprit que les personnages utilisés dans ma série « les assemblées » j’ai modelé en plâtre des silhouettes très épurées. Il s’agit ici de sculpture réalisée dans l’esprit d’une étude du movement. Moulées puis exécutées en bronze à la cire perdue, ces sculptures sont un travail autour du plein et du creux, de la ligne et de la dynamique du mouvement. 

Les Broyers

Visuellement, le broyé ressemble à du papier froissé qu’on aurait jeté à la corbeille. Mais évidemment, physiquement il en va bien autrement. La force inouïe des broyeurs a plié et déchiqueté des tôles, des rouages, des barres d’acier d’une très grande résistance. Chaque morceau est aussi très lourd. Cette opposition m’interpelle : le visuel papier froissé presque fragile et le poids de l’acier ainsi que sa raideur. La dynamique générée par le broyage induit naturellement un mouvement dans chaque bout de métal, chaque tôle recèle de la vie. Il y a une volonté, celle de broyer la tôle, et un hasard, la forme prise par la matière au sortir des machines.

Sculpture de Guillaume Werle, Grand tutu en acier et bois

Toujours inspiré par la danse en ce qu’elle est la vie, par le mouvement, l’énergie, et en somme sa prégnance, je me suis emparé de cette matière pour réaliser une nouvelle série. Un travail de composition issu, d’une part, d’un choix déterminé des morceaux de métal à utiliser, puis d’autre part, de leur assemblage les uns aux autres, m’a conduit à produire des sculptures qui ont trait à la danse. Ce, sans représenter le danseur et sans introduire dans sa construction le mouvement spécifique d’un corps. J’ai, en somme, éliminé le danseur en tant que tel.

Sculoture de Guillaume Werle, Grand tutu en acier et bois

Puisque représenter un danseur c’est le fixer dans un mouvement arrêté, déterminé, j’ai choisi la verticale. J’ai repris à ma manière un principe de la sculpture égyptienne antique qui lui donne force et pérennité par le fait même qu’elle ne traduit aucun mouvement. Je décide donc de faire des sculptures qui évoquent la danse par une représentation de son costume le plus emblématique, le Tutu. L’apparence du broyé correspond à la légèreté de ce vêtement, sa dynamique interne donne de la vie et du mouvement à une sculpture parfaitement placée sur un axe vertical et donc dans une parfaite immobilité.

sculpture en bronze à patine verte nuancée. Trois tutus de la série des broyés
Tutu 2, bronze à patine marron nuancé de rouge. Sculpture de guillaume werle

Mon admiration pour le travail de Georges Jeanclos, sculpteur, prix de Rome et ancien professeur des Beaux-Arts de Paris m’a conduit à tenter de jouer avec de toutes fines feuilles de terre, pour façonner sans les modeler, des petits tutus en terre, qui une fois cuites ont été moulées puis transcrites, via la cire, en bronze. En gardant une image mentale très forte, qui chez moi se traduit davantage par une émotion, ou sa recherche, je laisse à la terre que je coupe en très fines feuilles la liberté d’être.

tutu 1, bronze à patine verte nua,cée, sculpture de guillaume werle
Trois tutus avec cadre, bronze à patine verte nuancée, sculpture de guillaume werle